Burrhus Frédéric Skinner, penseur du conditionnement opérant.

Biographie de B.F. Skinner

Burrhus Frederic Skinner est né en 1904 en Pennsylvanie. Fait surprenant, il commença par étudier la littérature avant de se tourner vers l’étude de la psychologie humaine. Il suivit des études à l’université d’Harvard et obtint son doctorat en 1931. En 1945, il devient le directeur du laboratoire de psychologie de l’université d’Indiana. Il meurt trente-cinq ans plus tard d’une leucémie. Ses ouvrages les plus célèbres sont  Walden Two, publié en 1948, et Par Delà la liberté et la dignité publié en 1971. Dans ce dernier ouvrage, le psychologue cherche à décrire, à travers sa réflexion sur le conditionnement et l’apprentissage, le rôle de l’État dans les troubles de son époque et les réponses qu’il est possible d’y apporter (une biographie plus détaillée est disponible sur le site de l’encyclopédie de l’agora. A lire également, un très bon article de l’Unesco à son sujet).

Burrhus Frederic Skinner est notamment le père du concept de conditionnement opérant ainsi que de la « boite de Skinner » permettant d’expérimenter le conditionnement.

B.F. Skinner et le conditionnement

Vie et œuvre de Skinner : chronologie

  • 1904: Naissance aux Etats-Unis, en Pennsylvanie
  • 1931:Doctorat de psychologie de l’université de Harvard
  • 1938: Publie son premier ouvrage: Le comportement des organismes: une analyse expérimentale.
  • 1948: Publication de « Walden Two », essai utopique
  • 1968: Obtention de la médaille nationale de la science
  • 1969: Publication de L’Analyse expérimentale du comportement
  • 1971: Publication de Par delà la liberté et la dignité
  • 1990: Décès à Cambridge (Massachussets)

Le conditionnement opérant

C’est Pavov qui a, le premier, théorisé la notion de conditionnement. Selon lui, un stimulus, s’il était toujours lié aux mêmes conséquences (une cloche et l’arrivée de la nourriture par exemple), entraînait, par apprentissage, une réaction automatique de l’organisme (par exemple saliver).

B.F.Skinner a pensé que ce modèle était trop simple et qu’il ne rendait pas compte de la place de l’environnement.

condtionnement
Un pigeon qui ne sait pas ce qui l'attend...

Pour lui, l’apprentissage par conditionnement, dépend également de l’environnement qui va (volontairement ou non) renforcer positivement ou négativement les réponses du sujet (qu’il s’agisse d’un animal ou d’un être humain). Par exemple, si un animal découvre qu’en secouant un arbre, des pommes tombent, il va répéter cette action et associer ces deux actions. De même, si des humains chantent et que la pluie s’arrête (et que cette expérience se répète plusieurs fois), ils vont associer le « chant de la pluie » et l’arrêt de la pluie.

Skinner s’est surtout intéressé à de tels expériences en laboratoire et non dans la vie courante comme je viens de le faire, afin de rester le plus scientifique possible.

Il a ainsi montré que si un levier actionnait l’arrivée de nourriture, des pigeons ou des rats, après avoir découvert le lien entre les deux par hasard, allaient avoir tendance  à activer régulièrement ce mécanisme. L’apprentissage s’était fait par renforcement positif (et non par une compréhension intellectuelle du mécanisme).

J’ai rédigé un article plus complet sur le conditionnement, n’hésitez donc pas à le consulter pour en savoir plus.

Expérimenter le conditionnement: la « boite de Skinner »

Afin de mener ses expériences sur l’apprentissage, B.F.Skinner a construit par tâtonnements progressifs un dispositif expérimental nommé « Skinner Box » ou « boite de Skinner » dans la langue de Molière.

boite de Skinner shéma
le mécanisme de la boite de Skinner

La boite de Skinner va permettre d’étudier la manière dont un conditionnement peut être mis en place par apprentissage en faisant varier les différentes variables et les renforcements. 

L’expérimentateur y apprend à un animal a avoir toujours la même réponse face à un même stimulus. L’intérêt est de pouvoir varier la situation pour différents animaux (rats, pigeons…), différentes récompenses, en faisant varier la régularité des renforcements positifs (la nourriture arrive une fois sur deux…), etc.

Là encore j’ai consacré un article à ce modèle d’expérience, n’hésitez donc pas à y jeter un œil.

Conditionnement et apprentissage

Le conditionnement peut-il être utilisé dans l’enseignement? B.F.Skinner fut un des premiers à chercher à recourir à l’ordinateur (ou plutôt à la « machine à enseigner ») pour améliorer la transmission des connaissances.
Revenons donc, pour finir, sur ce pan peu connu de l’histoire de la psychologie et du travail de Skinner.

Skinner et la pédagogie comportementale: la machine à enseigner

Après avoir « embêté » des souris et découvert le concept de conditionnement opérant, B.F.Skinner a cherché à appliquer ses découvertes à la pédagogie. Il a ainsi créé ce qu’on peut appeler une « machine à apprendre« , ancêtre lointain de nos logiciels éducatifs. La machine se présente comme une grosse machine à écrire. A gauche, quelques phrases constituant l’exercice (français, mathématiques etc.). A droite, un emplacement pour que l’enfant puisse inscrire sa réponse. Ensuite, l’enfant actionne une manette pour voir la réponse et vérifier s’il l’avait trouvée.

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Renforcements positifs et négatifs

L’idée de cette machine est que l’enfant peut découvrir immédiatement s’il avait raison ou non. La découverte de la réponse joue le rôle de renforcement positif ou négatif de la réponse. Or pour Skinner, plus la réponse de l’environnement est proche du stimulus plus son rôle dans l’apprentissage sera efficace : si la souris doit pousser un bouton cinq minutes avant d’avoir la nourriture, elle n’apprendra pas vite. Il en est de même, selon Skinner, pour l’enfant.

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Rythme des apprentissages

Ensuite, la machine s’adapte au rythme de chaque enfant. Le bon élève peut avancer très vite, tandis que l’élève en difficulté peut aller à son rythme, ce qui n’est pas le cas dans une classe « normale ».
Dernier point, les programmes sont faits de façon à ce que les apprentissages soient très progressifs. Ainsi, selon Skinner, l’apprentissage de l’enfant devient un plaisir et non une obligation. Le recul du temps permet tout de même de percevoir un certain écart entre le plaisir évoqué par le psychologue et son attitude quelque peu rigide…

Skinner présente ses théories sur la pédagogie

Dans ce document de 1954, B.F.Skinner présente ses théories « révolutionnaires » et « modernes » pour permettre de mieux apprendre.

Il est intéressant de voir cette vidéo avec le recul du temps. En effet, on voit bien combien le sentiment de modernité se périme très vite et que ce qui paraissait le plus moderne à une époque paraît juste affreusement ancien quelques décennies plus tard.

Verra-t-on dans 50ans la fascination actuelle pour l’utilisation des technologies modernes dans l’enseignement de la même façon que les théories modernes de Skinner?

Réponse dans 50ans.

Recueil de citations

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« Une personne qui a été punie n’est pas très enclin à se comporter d’une certaine manière; au mieux, il apprend à éviter la punition. »
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« L’éducation est ce qui subsiste quand tout ce qu’on a appris a été oublié. »
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« Donnez-moi un enfant et je vais le façonner en quoi que ce soit. »
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 Entretien: les conceptions de Burrhus Frederic Skinner

Le document qui suit est un entretien avec le scientifique dans lequel il expose sa vision de l’apprentissage, du conditionnement et des motivations des actions humaines (il parle notamment du jeu). Cette vidéo a été postée par la fondation Skinner sur le site de laquelle vous trouverez de nombreux documents en anglais.

Sources et Bibliographie

Les théories de Skinner

-Articles:

Mariné, Claudette, et Christian Escribe. « Burrhus Frederic Skinner. L’apprentissage au cœur de l’humain », Jean-François Marmion éd., Histoire de la psychologie. Editions Sciences Humaines, 2012, pp. 115-117.

-Ouvrages:

Skinner, B.F., L’Analyse expérimentale du comportement (1969), Editions Mardaga, 1995

Skinner, B.F., Science et comportement humain Éditions In Press, 2008

Skinner, B.F., Par delà la liberté et la dignité, Robert Laffont, 1972

-Chapitres d’ouvrages:

Thomas, R. Murray, et Claudine Michel. « 14. Le conditionnement opérant de Skinner », Théories du développement de l’enfant. Études comparatives, sous la direction de Thomas R. Murray, Michel Claudine. De Boeck Supérieur, 1994, pp. 415-446.

Rusinek, Stéphane. « 3. Lois du conditionnement », , Thérapies comportementales et cognitives. En 37 notions, sous la direction de Chapelle Frédéric, et al. Dunod, 2018, pp. 15-20.

Le conditionnement et l’apprentissage

On ne trouve malheureusement pas grand chose sur le sujet en langue française. Si vous voulez en savoir plus sur le sujet, le mieux est donc de se référer directement aux ouvrages de Skinner.

-Articles

Forget, J. (2012). Les contributions de la pédagogie comportementale àl’éducation spécialisée. Enfance en difficulté, 1, 7–45.

-Ouvrages

Skinner, B.F., La révolution scientifique de l’enseignement (1968), Editions Mardaga, 1995

Skinner, B.F., Par delà la liberté et la dignité, Robert Laffont, 1972

 

-Chapitre d’ouvrages

Ball, Jean-Marie, Claude Debon, et Pierre Mœglin. « Chapitre 3. Burrhus F. Skinner. Le précepteur mécanique », Pierre Mœglin éd., Industrialiser l’éducation. Anthologie commentée (1913-2012). Presses universitaires de Vincennes, 2016, pp. 103-113.

Maubant, P., « Chapitre 6. Les pédagogies des adultes entre tradition et illusion : la mystification de l’ingénierie pédagogique… », , Pédagogues et pédagogies en formation d’adultes, Maubant, P., Presses Universitaires de France, 2004, pp. 227-242.

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