L’histoire des supervisions

Depuis quand fait-on des supervisions ? Quelles grandes questions et quels enjeux ont structuré son histoire ?

Peu d’articles s’intéressent réellement à la question de l’histoire et de l’évolution des supervisions. Si leur origine freudienne est relativement bien connue, la suite est plus complexe. En effet, les courants, les pratiques, les théories qui organisent cette pratique sont divers et leurs frontières sont floues.

Nous verrons donc ensemble les trois moments clef de l’histoire des supervisions individuelles :

-L’origine psychanalytique d’une pratique marquée par le compagnonnage

-Le tournant institutionnel de 1922 lié à l’analyse de contrôle

-l’ouverture et l’élargissement des pratiques modernes de la supervision

analyse de contrôle : psychanalyse

Psys, médecins, travailleurs sociaux : des histoires distinctes.

En préambule de cette histoire, il me faut la distinguer de celle des autres formes d’analyse du travail clinique ou éducatif. En effet, l’histoire des supervisions « psys » (des psychologues, psychiatres, psychanalystes, psychothérapeutes) doit être distinguée de deux grands autres courants : les groupes balint et l’analyse de la pratique professionnelle.

On peut donc différencier trois grandes histoires qui, même si elles ont de nombreux points communs, ne sont pas les mêmes :

    • Histoire des supervisions
    • Histoire des groupes Balint
    • Histoire de l’analyse des pratiques.

Ces trois méthodes de retour sur l’expérience professionnelle n’ont pas les mêmes enjeux, pas les mêmes référents théoriques, pas le même moment fondateur et sont rattachées à des professions différentes.

Ces histoires ont des croisements, des liens. Elles dialoguent entre elles constamment. Néanmoins, je pense que faire cette distinction est important afin de ne pas ajouter de la confusion dans une histoire déjà prolifique et complexe.

Profession

Ces trois histoires correspondent à trois groupes professionnels différents :

    1. Les « psys » : psychologues, psychiatres, psychanalystes, psychothérapeutes
    2. Les médecins (en particulier les médecins généralistes)
    3. Les travailleurs sociaux puis les enseignants

Il va de soi que cette distinction comme les suivantes ne marque pas des frontières fermées, des groupes strictement hétérogènes. Des éducateurs peuvent faire des supervisions, des psychologues animent souvent les groupes d’analyse des pratiques, les psychiatres sont à la fois médecins et « psy ». Mais il existe, malgré tout, des grandes tendances, des préférences pour tel ou telle pratique en fonction des professions. Le choix des mots entre supervision et analyse des pratiques renvoie d’ailleurs au souci, pour différentes professions, de se distinguer et de construire ses propres outils d’analyse et de réflexion.

Moment fondateur

Le moment fondateur de ces trois courants est également différent. Cet aspect est essentiel car il définit une origine symbolique, une manière de s’inscrire dans le temps :

    1.  Freud : 1919.
    2.  Balint : 1955 (avec la publication de Le Médecin, son malade et la maladie)
    3.  La pratique des Case Works au Etats-Unis : fin XIXe

Cadre de la supervision

Ces trois histoires renvoient enfin lors de leur émergence, à trois cadres de travail distincts (cette distinction est moins claire aujourd’hui comme nous le verrons à la fin de cet article) :

    1. La supervision commence par être individuelle
    2. La pratique des groupes Balint est groupale
    3. Les groupes d’analyses des pratiques sont des pratiques groupales au sein des institutions
supervision histoire

Expérimentation et compagnonnage

Analyse et besoin de supervision : une naissance quasi concomitante

Comme l’écrivent L.Michel et Y. de Roten dans « Les mystères de la supervision à l’aune de la recherche », l’origine de la supervision « est confondue avec la naissance même de la psychanalyse » (L. Michel, Y. de Roten, « Les mystères de la supervision à l’aune de la recherche »).

En effet, dès le début de ses recherches sur ce qui deviendra la psychanalyse, Sigmund Freud éprouve le besoin d’échanger de manière régulière et approfondie sur sa pratique, ses ressentis, ses doutes et ses questionnements avec Wilhelm Fliess, notamment. Par la suite, le premier groupe de psychanalystes prend l’habitude de se réunir lors du célèbre « groupe du mercredi » pour échanger et discuter librement des cas cliniques (cf. de Mijolla, 2001, p. 369).

La naissance de la psychanalyse s’accompagne ainsi de celle d’un besoin : discuter, échanger, partager avec des pairs sur les vicissitudes émotionnelles de cette nouvelle pratique. Ce besoin émerge chez Freud mais également chez ses épigones qui, dès l’origine, cherchent à échanger entre eux ou avec Freud lui-même au sujet de leur pratique.

L’analyse de contrôle puis la supervision correspondent aux formes collectives qui permettront de répondre à ce manque, à cette quête d’un appui sur la communauté des pairs. Mais le besoin, la demande lui ont préexisté et sont très spécifiques de ces formes de relations que sont notamment la psychanalyse puis les psychothérapies.

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1916-1922 : Les temps de l’expérimentation

Face à ce besoin de ne pas s’enferrer dans une pratique solitaire, les premières réponses sont marquées par l’expérimentation et l’absence d’un cadre clairement défini. Comme l’écrivent L. Michel et Y. de Roten : « Les rôles à cette époque, hormis sans doute celui de Freud lui-même, sont peu clairs puisque les mêmes participants sont tantôt analystes, tantôt superviseurs l’un pour l’autre ».

Les échanges sont informels et, comme La Palisse pour la prose, les premiers analystes jetaient les premières pierres de ce qui allait devenir la supervision sans en avoir conscience.

La figure du maître était alors essentielle et Freud était au cœur des sollicitations. Jones retranscrit bien cet état d’esprit lorsqu’il écrit en 1916 : « J’accablais Freud d’une foule de questions. Nous discutions toutes sortes de problèmes techniques concernant les cas que j’avais analysés ». De même, le psychanalyste italien Eduardo Weiss entretint durant quinze ans une correspondance avec Freud au sujet de sa pratique, afin de mieux comprendre ce qui se déployait durant ses séances.

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1919 : L’acte de naissance des supervisions

Freud a conscience très tôt de la spécificité de la psychanalyse et de la nécessité de nouvelles voies pour la transmettre. Ainsi, en 1919, dans « Doit-on enseigner la psychanalyse à l’université ? », il souligne que sa discipline exige un travail sur soi différent de celui des autres sciences sociales.

L’analyse personnelle est ainsi vue comme nécessaire mais une autre voie de transmission est également mentionnée : « Quant à l’expérience pratique, en dehors de ce que lui apporte son analyse personnelle, il peut l’acquérir en conduisant des cures, pourvu qu’il s’assure du contrôle et du conseil de psychanalystes confirmés » (cf. Freud, Résultats, idées, problèmes). On a tendance à définir ce passage comme l’acte de naissance de ce qui ne s’appelle pas encore : supervision.

On peut toutefois voir également dans ce passage l’émergence d’un glissement qui aura une grande importance dans l’histoire des supervisions. En effet, ce qui émergeait au départ comme un besoin et une demande des psychanalystes devient ici une exigence liée à la formation. De même la recherche de conseil devient nécessité de contrôle. De ce renversement naît la première forme instituée de la supervision : l’Analyse de contrôle.

supervision et psychanalyse

Institutionnalisation et contrôle de l’analyse

1922 : Une première forme de la supervision : l’Analyse de Contrôle

En 1922, le psychanalyste Max Eitingon présente au 7e congrès psychanalytique international, le travail clinique et de formation qu’il mène dans sa polyclinique de Berlin (cf. Topique, n°18). Cette expérimentation fera date et va jouer un rôle majeur dans l’évolution de la supervision.

La clinique est, en effet, à la fois un centre de prise en charge des patients et un institut de formation des analystes.

Les futurs analystes, après avoir suivi des cours et expérimenté l’analyse pour eux-mêmes, pouvaient recevoir des patients de la clinique. Ils étaient alors soutenus et soumis à un « contrôle vigilant » de la part d’analystes plus expérimentés.

Comme l’explique Eitingon :

« Au moyen de notes détaillées que doivent rédiger les étudiants, nous suivons étroitement les analyses et pouvons détecter facilement une foule d’erreurs que fait l’analyste inexpérimenté, erreurs dues à une conception erronée de l’objectif de la méthode et une attitude trop rigide par rapport aux théories et aux résultats de l’analyse. […] Nous protégeons les patients qui sont confiés aux débutants par le contrôle que nous exerçons sur leur traitement et en étant toujours prêts à retirer le cas à l’étudiant pour continuer nous-même le traitement » (topique, n°18, p.77)

On le voit, la « supervision » plus qu’un compagnonnage, est ici vue comme une manière de vérifier, de contrôler le travail des futurs analystes dont on cherche à éviter les « erreurs ». D’où le terme « d’analyse de contrôle » dont la supervision aura toutes les peines à se dépêtrer par la suite.

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Institutionnalisation : le modèle tripartite d’Eitingon

On peut donc faire de 1922 le moment d’une bascule dans la manière de répondre au besoin de supervision. Il ne s’agit plus simplement, comme dans les premières années, de « bricoler » (au sens que Lévi-Strauss donne à ce mot) des réponses à un besoin de soutien et de retour collectif sur la pratique. Cette fois, le « besoin de supervision » est inscrit dans une problématique plus large : la formation des analystes. L’objectif est de construire un modèle qui permette de donner des gages de respectabilité à une discipline naissante très critiquée et d’éviter toute « dérive » dans sa pratique.

Eitingon fonde ainsi le modèle tripartite qui fera date dans l’histoire de la psychanalyse et servira de base à la formation des analyses dans de nombreux pays. Il est basé sur trois grands piliers :

    • L’analyse personnelle 
    • L’enseignement de la théorie dans un institut de psychanalyse
    • La supervision de la pratique à travers une analyse de contrôle auprès d’un analyste plus expérimenté.

L’institutionnalisation de la supervision se double donc d’une volonté de contrôle. L’analyse de contrôle se bâtit sur un modèle pédagogique et vertical dans lequel la supervision colle à son sens étymologique : il s’agit de porter un regard surplombant, ayant pour fonction de valider la qualité de la pratique thérapeutique.

On peut, rétrospectivement porter un regard critique sur cette posture mais il ne faut pas oublier qu’elle était liée aux enjeux de l’époque : construire une pratique cohérente, offrir des gages de crédibilité à une pratique perçue comme sulfureuse, rassurer et protéger les patients.

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Un modèle vertical rapidement questionné

L’institutionnalisation de la supervision a entraîné un glissement dont on ne mesurera les conséquences que dans l’après-coup. En effet, on passe d’une demande de « supervision » (même si le terme n’existait pas encore) de la part des analystes à une exigence de supervision de la part des instituts de formation.

Comme l’écrit Edmond Marc, « Les difficultés naissent en grande partie de ce que la supervision a été transformée en procédure d’habilitation et d’affiliation, ce qui en pervertit la finalité profonde » (Du Contrôle à la supervision », in La supervision en Psychanalyse et en psychothérapie, p.24).

Les instituts de formation se sont, en effet, servis de l’analyse de contrôle comme d’une sorte d’examen permettant de vérifier la cohérence théorique de leur pratique et leur permettant d’être acceptés dans la communauté analytique.

Cette fonction surmoïque de la supervision a été à l’origine d’un grand nombre de débats et de querelles :

-Qui devait mener la supervision : l’analyste didacticien ou un autre analyste ?

-Quel était la fonction de cette supervision ? Devait-elle avoir pour objectif d’enseigner, d’accompagner, de surveiller, d’évaluer… ?

-Comment travailler les enjeux transférentiels ?

-Comment s’assurer de la sincérité du candidat et éviter qu’il ne masque ses difficultés étant donné l’enjeu de la supervision ?

Etc.

Comme l’écrit Edmond Marc, face à ces apories, « il était habituel d’entendre dire parmi les analystes, même si c’était sous forme de plaisanterie, que les analyses contrôlées étaient très souvent des échecs » (La supervision en psychanalyse et en psychothérapie, p.24).

groupe supervision histoire

Tendances modernes et contemporaines de la supervision

Le tournant des années 1960

Les années 1960 constitue, en France, le moment d’une crise et d’une remise en cause profonde du modèle de supervision issu des années 20. Les critiques de l’époque ont particulièrement porté sur trois dimensions de la pratique des supervisions : la verticalité, l’orthodoxie excessive, et l’institutionnalisation de la pratique. Elles ont ouvert la voie à une série d’évolution qui se poursuivent encore aujourd’hui et dont le mouvement lent structure la pratique moderne des supervisions.

On peut définir trois grandes tendances : la recherche d’une plus grande horizontalité, l’éloignement du contrôle institutionnel et, enfin, la diversification et l’élargissement très importants des pratiques. Ces évolutions majeures concernent donc à la fois la dynamique relationnelle, le modèle économique et les modèles théoriques qui sous-tendent la pratique de la supervision. Elles définissent un paysage des supervision infiniment plus vaste, plus riche mais aussi plus complexe et plus flou que celui qui prévalait dans l’immédiate après-guerre.

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Remise en cause de la verticalité

L’histoire des supervisions au court de ces cinquante dernières années peut être vue comme une longue remise en cause de la verticalité et de l’asymétrie des positions entre le superviseur et le supervisé. Cette évolution se lit dans les termes utilisés : analyse de contrôle, supervision et covision.

De l’analyse de contrôle à la supervision

En France, à partir des années 1960, la pratique de l’analyse de contrôle est de plus en plus critiquée, sous l’influence des évolutions anglo-saxonnes liées notamment au courant kleinien. Cette remise en cause s’inscrit dans un questionnement plus large sur certains écueils des écoles analytiques : tendance à l’orthodoxie, verticalité trop importante, etc.

Symbole de cette évolution, le terme d’analyse de contrôle est peu à peu remplacé par celui de supervision. En effet, comme l’écrit J.P.Valabrega en 1969, le mot traîne avec lui « un passé théorique et pratique allant jusqu’à l’aberration » (J P Valabrega (1969), « les voies de la formation psychanalytique », Topique n°1).

Cette évolution sémantique marque ainsi un changement des pratiques. Il ne s’agit plus de contrôler, des surveiller ou d’évaluer, mais de se centrer uniquement sur l’accompagnement, la transmission, la réflexion sur les enjeux transféro-contre-transférentiels.

De la supervision à la co-vision ?

Si l’analyse de contrôle, mise en crise à partir des années 1960, a cédé sa place à la supervision, cette dernière est également critiquée depuis une vingtaine d’année.

En effet, pour certains thérapeutes, la notion de supervision est encore trop marquée par une idée de verticalité, d’écart, plaçant le superviseur en place de sujet supposé savoir.

En dehors du champ psychanalytique, de nombreux courants théoriques ont ainsi cherché à diminuer l’asymétrie entre le superviseur et le supervisé. La Gestalt Thérapie, la systémie ou certains courant humanistes ont ainsi particulièrement insisté en ce sens (voir par exemple l’article d’Edith Blanquet dans la revue Gestalt).

Allant au bout de cette logique, certains praticiens abandonnent donc le mot de supervision, trop chargé selon eux. A la notion de « super » vision, d’une vision surplombante, ils préfèrent celle de covision ou d’intervision (même en présence d’un « superviseur »), pour insister sur le caractère complémentaire des deux différents regards (comme le font par exemple Jean-Marie Bernier ou Pascal Soubeyrand dans leurs articles).

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Renversement de l’offre et de la demande

Une évolution importante des supervisions depuis la deuxième moitié du XXe siècle, est liée à la modification du rapport à la demande.

En effet, lorsque les supervisions étaient principalement liées aux institutions, la demande émanait des institutions elles-mêmes, constituant un passage obligé du candidat analyste ou thérapeute.

Cette modalité, si elle continue à exister, laisse cependant peu à peu la place à une seconde : les thérapeutes recherchent un superviseur hors des institutions en fonction de questions que leur pose la clinique.

Comme le remarquent Alain Delourme et Edmond Marc : « on assiste à une évolution de la demande : au départ, c’était celle de l’institution et de la communauté professionnelle posant une exigence de formation et de contrôle. Aujourd’hui, c’est de plus en plus celle du praticien, conscient des difficultés de sa tâche et de l’intérêt d’un échange avec un collègue expérimenté, librement choisi »(p.231).

Cette évolution est moins neutre qu’il n’y paraît au premier abord. En effet, la supervision n’est plus une exigence de l’institution mais une demande du thérapeute, une recherche qui lui est propre. A l’inverse, le superviseur est choisi par le supervisé qui peut lui en préférer un autre, choisir une autre modalité d’analyse de sa pratique (supervision de groupe, intervision, etc.) ou choisir de ne pas faire de supervision.

Cette « libéralisation » du marché de la supervision en simplifie les enjeux : le thérapeute cherche un superviseur parce qu’il a une demande, que quelque chose fait question ou problème dans sa clinique.

La supervision renoue ainsi avec les premiers mouvements émergents dans les premiers temps de l’expérimentation psychanalytique et que nous évoquions dans le premier chapitre de cet article.

Cette évolution moderne du rapport à la demande de supervision en diminue certains écueils : risque d’insincérité, collage à la théorie de l’école, transfert sur le superviseur difficile à élaborer, etc. Comme l’écrit Edmond Marc : « nombre de difficultés sur lesquelles les analystes ont mis l’accent (transfert déplacé sur le superviseur, résistances, défenses narcissiques, inhibitions, attitudes d’idéalisation ou de séduction…) s’estompent (lorsqu’elles ne disparaissent pas) puisque le cadre de la supervision et la nature du rapport qu’elle instaure ne les favorise plus » (p.31).

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Innovations et diversifications

Le vaste mouvement de diversification des écoles de psychothérapie au cours de la deuxième moitié du XXe siècle n’a pas été sans conséquence sur la pratique des supervisions. En effet, dès 1980, on recense déjà plus de 300 formes de psychothérapies différentes en Europe et aux Etats-Unis comme le soulignent notamment les articles d’Hernink (1980) et Kinn (1982). De nouvelles manières de pratiquer et de penser la supervision émergent ainsi. Les référentiels théoriques se multiplient et se diversifient. Les manières d’organiser la supervision évoluent également : pratique de groupe, recours à des enregistrements des séances, mises en situation, utilisation de la glace sans tain, etc.

Chaque grand courant théorique apporte ainsi une nouvelle manière de penser la psychothérapie et la supervision. On peut citer quelques mouvements théoriques particulièrement actifs dans le monde de la supervision :

    • Gestalt Therapie (voir par exemple l’article de Blanquet « Réflexions sur la pratique de la supervision en Gestalt-thérapie »)
    • Systémie (par exemple : Lebbe-Berrier Supervisions éco-systémiques en travail social. Un espace tiers nécessaire)
    • Approche centrée sur la personne (Kilborn, Le cadre théorique de ma pratique de supervision en counseling. Approche Centrée sur la Personne)
    • Thérapies comportementales et cognitives (Cottraux, « Formation et supervision dans les thérapies comportementales et cognitives »).

Fait particulièrement intéressant, cette diversification n’entraîne pas un cloisonnement des pratiques, bien au contraire. Il ne faut donc pas croire que les thérapeutes vont systématiquement consulter des superviseurs de leur obédience : un superviseur en systémie pour un systémicien, un superviseur comportementaliste pour les thérapeutes pratiquant les tcc, etc. Au contraire, cette diversification des pratiques s’accompagne souvent chez les thérapeutes de la recherche d’un regard différent, complémentaire de leur pratique, renouvelant leur manière de penser la clinique.

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Les nouveaux continents de la supervision : supervision de groupe et supervision d’équipe

Dernier point, mais dont l’ampleur dépasse les bornes de cette réflexion et fera l’objet d’un article à part, deux nouvelles formes de supervision ces cinquante dernières années : la supervision de groupe et la supervision d’équipe.

Ces nouvelles formes de supervision s’ajoutant à la supervision individuelle, étendent les frontières de la pratique de la supervision. Elles offrent également un cadre profondément différent : pratique groupale pour la supervision de groupe, pratique groupale au sein d’une institution de professionnelle (psychologues, travailleurs sociaux etc.) pour la supervision d’équipe.

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Supervision de groupe

La supervision de groupe a émergé à partir des années soixante sous l’influence notamment des groupes Balint. Sa pratique s’est rapidement étendue à différents contextes : université, instituts de formation, libéral… La pratique de la supervision de groupe vient ainsi faire se rencontrer les mécanismes et les enjeux des petits groupes de formation, ceux de l’analyse de cas et ceux de la supervision « traditionnelle ».

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Supervision d’équipe

La supervision d’équipe émerge en France à peu près à la même période, à travers par exemple, le travail de Myriam David dès les années 1950. La supervision d’équipe, qui a lieu au sein d’équipe de travail constituées, dans les institutions, cherche à offrir aux professionnelles un espace pour penser leur pratique clinique et prendre du recul sur les mouvements émotionnels, psychiques et groupaux qui peuvent les traverser.

La supervision, dès son origine, rencontre et dialogue avec ce vaste mouvement que constituent les groupes d’analyse des pratiques, à tel point qu’il n’est pas toujours facile de les distinguer. Comme l’écrit Alföldi : « ce que l’un appelle « supervision » ressemble trop à ce que l’autre nomme « analyse de pratiques » » (Alföldi, L’analyse des pratiques en travail social, 2017).

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Le champ de la supervision moderne se divise ainsi en trois « continents », dont les pratiques et les enjeux ne doivent pas être confondus : la supervision individuelle, la supervision de groupe et la supervision d’équipe. Cette extension du domaine de la supervision en renouvelle et enrichie la pratique. Ces différentes modalités n’étant pas concurrentes mais complémentaires, chacune venant offrir un cadre de réflexion spécifique sur le travail clinique.

Sources et bibliographie

Cet article doit beaucoup à l’excellent ouvrage d’Alain Delourme et Edmond Marc : La supervision en psychanalyse et en psychothérapie.

-Articles

Blanquet, E., « Réflexions sur la pratique de la supervision en Gestalt-thérapie », Gestalt, 35 (2009), pp. 41-56.

Cottraux, J., « Formation et supervision dans les thérapies comportementales et cognitives (tcc) » Psychothérapies, 2004/3 (Vol. 24), pp. 151-159.

Kilborn, M., « Le cadre théorique de ma pratique de supervision en counseling », Approche Centrée sur la Personne. Pratique et recherche, 2005(2), pp. 51-56.

Montgrain, N., Bernatchez, J.P., Painchaud, G., Sirois, F., « La danse des tiers. Essai sur le processus de supervision », Psychothérapies, 1983/1 (vol.3), pp. 3-9.

Michel, L., de Roten, Y., « Les mystères de la supervision à l’aune de la recherche », Psychothérapies, 2009/4 (Vol. 29), pp. 225-232

Soubeyrand, P., « Le langage centré sur les solutions dans la supervision d’équipe », Thérapie familiale, 2004/4 (vol.25), pp.505-519.

Valabrega, J.P., « Les voies de la formation psychanalytique », Topique (vol.1), PUF, 1969.

Moreau, M., « Analyse quatrième, contrôle, formation », Topique (vol.18), PUF, 1977, p. 78-85.

-Ouvrages

Alföldi, F., L’analyse des pratiques en travail social, Dunod, 2017

Allione, C., La part du rêve dans les institutions. Régulation, supervision, analyse des pratiques, Encre Marine, 2005

Balint, M., Le médecin, son malade et la maladie, Payot, 1968

Delourme A., Marc E. et al., La supervision en psychanalyse et en psychothérapie, Dunod, 2011

Devienne, E., Le grand livre de la supervision, Eyrolles, 2010

Freud, S., (1919), « Doit-on enseigner la psychanalyse à l’université », in Résultats, idées, problèmes, t.1, PUF, 1985

Lebbe-Berrier, P., Supervisions éco-systémiques en travail social. Un espace tiers nécessaire, Érès, 2007

de Mijolla, A., Évolution de la pratique psychanalytique, L’Esprit du Temps, 2001

Mucchielli, R., La méthode des cas. Connaissance du problème, applications pratiques, Éditions sociales françaises, 1969.

Rouzel, J., La supervision d’équipes en travail social, Dunod, 2007

Searles, H, « Problems of psychoanalytic supervision », in Collected papers on schizophrenia, Hogarth Press, 1965.

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