Rêves et neurosciences : compréhensions scientifiques et neurologiques

Qu’est-ce que les neurosciences peuvent nous apprendre des rêves?

L’étude du cerveau a permis des avancées très importantes dans l’étude du fonctionnement du sommeil.

La découverte des cycles du sommeil, de l’intensité de l’activité cérébrale durant le sommeil a permis d’éclairer de façon passionnante le sens de notre activité nocturne.

Le rêve Courbet

Si les études neuroscientifiques sont passionnantes, le risque serait bien sûr de céder à la fascination et de rêver que des techniques d’imagerie nous permettent de rendre le monde nocturne entièrement clair et limpide. De ce point de vue, les neurosciences prennent la place du structuralisme dans les années 60, de la linguistique dans les 70 ou de la psychanalyse dans les années 80, on en fait la réponse absolue à toute question. Or, si les neurosciences ont des choses à nous apporter ce n’est pas tant par des réponses qui viendraient clore les interrogations mais, au contraire, en posant de nouvelles questions en défrichant de nouvelles pistes. L’analyse par neuro-imagerie vient donc compléter les autres points de vue sur le rêve. Si elle a de la valeur, c’est qu’elle vient en plus, non à la place des autres discours théoriques.

Que se passe-t-il dans notre cerveau quand nous rêvons ?

Les progrès de l’imagerie ont permis de mieux comprendre les mécanismes neurophysiologiques à l’œuvre durant les rêves.

Quatre zones du cerveau s’activent en particulier lorsque nous sommes en phase de sommeil paradoxal :

-les régions visuo-spatiales (situées à l’arrière du cerveau)

-le cortex moteur

-l’hippocampe lié à la mémoire autobiographique

-l’amygdale et le cortex cingulaire, centres émotionnels profonds, lis à la gestion des émotions qui sont jusqu’à 30% plus actifs durant les phases de sommeil paradoxal qu’à l’état vigile.

 

Les autres régions du cerveau sont significativement désactivées. En particulier, le cortex préfontal, en charge des idées rationnelles et des prises de décisions logiques, est « endormi » lorsque nous entrons dans le sommeil paradoxal.

Rêve et sommeil paradoxal

La découverte du sommeil paradoxal au début des années 1950 constitua un vaste progrès dans l’étude scientifique des rêves et du sommeil.

Une nuit comprend de trois à six cycles de sommeil successifs d’une durée chacun de 90 à 120 minutes. Ces cycles sont composés de composés de cinq stades au cours desquels le fonctionnement du corps et du cerveau vont grandement varier.

Le sommeil paradoxal ou sommeil REM (rapid eyes mouvements) est le cinquième et dernier stade. Il se caractérise par des mouvements oculaires rapides, une absence de tonus musculaire, une respiration et un rythme cardiaque irréguliers. Les encéphalogrammes révèlent que l’activité électrique du cerveau y est proche de celle de l’éveil.

On a longtemps pensé que nous ne dormions que lors de la phase de sommeil REM mais ce n’est en réalité pas le cas. Néanmoins, les rêves durant cette période sont plus nombreux et plus complexes que durant les phases de sommeil non REM.

 

Que se passe-t-il dans notre cerveau lorsque nous rêvons ?

Les progrès de l’imagerie ont permis de mieux comprendre les mécanismes neurophysiologiques à l’œuvre durant les rêves.

Quatre zones du cerveau s’activent en particulier lorsque nous sommes en phase de sommeil paradoxal :

    • Les régions visuo-spatiales (situées à l’arrière du cerveau)
    • Le cortex moteur
    • L’hippocampe lié à la mémoire autobiographique
    • L’amygdale et le cortex cingulaire, centres émotionnels profonds, lis à la gestion des émotions qui sont jusqu’à 30% plus actifs durant les phases de sommeil paradoxal qu’à l’état vigile.

Les autres régions du cerveau sont significativement désactivées. En particulier, le cortex préfontal, en charge des idées rationnelles et des prises de décisions logiques, est « endormi » lorsque nous entrons dans le sommeil paradoxal.

Fonction des rêves

La fonction des rêves reste un sujet largement débattu au sein des neurologues. De nombreuses théories ont été avancées et discutées. D’une manière générale, après avoir longtemps pensé que les rêves n’avaient pas d’utilité particulière et n’étaient que la conséquence des mécanismes à l’œuvre durant notre sommeil, on pense aujourd’hui que les rêves ont au moins deux fonctions : la stimulation de la créativité et l’intégration des émotions. Une troisième hypothèse encore débattue mais très intéressante voit quant à elle les rêves comme une forme de thérapie nocturne.

.

Créativité et résolution de problèmes

Si de nombreuses études ont montré que le sommeil jouait un rôle essentiel dans la mémorisation, l’étude du rôle spécifique des rêves est plus récente.

D’après plusieurs études, les rêves facilitent la résolution de problèmes et la créativité. Ainsi, pour M.Walker :

« si nous présentons à un cerveau éveillé les éléments individuels d’un problème, de nouvelles connexions et des solutions devraient apparaître préférentiellement -sinon exclusivement- après un temps passé à rêver d’un sommeil REM, plutôt qu’après la même durée passée à délibérer pendant l’éveil. Ensuite, le contenu des rêves, en plus du simple fait de rêver, devrait déterminer le succès de ces résolutions de problèmes reposant sur les associations » (p.235).

Dans une étude de 2009, Mednick et ses collègues ont ainsi soumis des sujets à une tâche d’association d’idées : trois mots sans rapport entre eux leur étaient montrés puis ils devaient trouver un mot qui puisse les associer. Par exemple, « époque », « bête » et « vie » semblent sans rapport mais peuvent tous être associés au mot « belle » (la belle époque, la Belle et la Bête et avoir la belle vie !). Les scientifiques ont constaté que les sujets réussissaient mieux cette tâche après avoir avoir une sieste, en particulier une sieste avec sommeil paradoxal (la période où la majorité des rêves se produisent). Ils en ont donc déduit que les rêves pouvaient nous aider à trouver des solutions créatives aux problèmes.

(cf.Cai, D. J., et al., 2009, « REM, not incubation, improves creativity by priming associative networks », Proc. Natl. Acad. Sci.)

traitement des émotions

Les rêves ont aussi un impact sur le traitement des émotions. C’est ce qu’a notamment montré une expérience de Stickgold et de ses collègues de l’université d’Harvard :

Pendant deux semaines les chercheurs ont demandé à leurs sujets de tenir un carnet de bord de leurs occupations de leur journée (qu’ont-ils fait ?, qu’ont ils mangé ?, etc.), de leurs émotions et de noter tous leurs rêves le matin. Dans 98% des cas, les rêves ne reprenaient pas la majorité des événements diurnes. Ils n’étaient donc pas une rediffusion complète de nos vies éveillées. Par contre, les émotions occupaient une place essentielle dans leurs scénarios oniriques. En effet, entre un tiers et la moitié des thèmes et des préoccupations émotionnels éprouvés durant la journée se retrouvaient dans leurs rêves. Pour Stickgold et ses collègues, les rêves n’étaient donc pas tant liés au événements de la veille comme on le pense communément mais plus précisément aux émotions éprouvées.

 

Rôle des rêves dans la reconnaissance et la compréhension des émotions à l’état vigile

Une autre expérience a pointé le rôle des rêves dans le traitement des émotions.

Ici, les sujets avaient pour tâche de reconnaître les émotions et la présence ou l’absence d’agressivité sur des photos de visage. Des IRM permettaient de détecter les aires du cerveau activées par les photos tandis que les sujets cherchaient à distinguer les expressions menaçantes des expressions sympathiques. L’expérience était menée dans deux conditions distinctes : après une nuit de sommeil et après avoir été privé de sommeil.

Lorsque les participants étaient privés de sommeil (et donc de rêve), ils n’étaient plus capable de distinguer précisément les émotions entre elles. Plus encore, comme l’écrit M.Walker : « Plus la qualité du sommeil REM est bonne pendant sa nuit de repos, plus le réseau cérébral de déchiffrage émotionnel est précis le lendemain » (p225).

La qualité du sommeil mais également la possibilité de rêver auraient donc une influence sur la manière dont les émotions sont perçues et déchiffrées à l’état vigile.

Le rêve comme thérapie nocturne

Dernière hypothèse concernant la fonction des rêves, de nombreux neuroscientifiques pensent aujourd’hui qu’ils joueraient le rôle de « thérapie nocturne » (Walker, p.217)

Cette hypothèse, auparavant avancée par de nombreuses écoles de thérapie naît chez les neurologues de l’observation des zones du cerveau activée ou non durant la phase de sommeil REM.

En effet, durant cette période, la concentration de noradrénaline dans le cerveau, une hormone associée notamment aux phénomènes de stress, est nulle. Comme le souligne M.Walker, « sur une journée, le sommeil paradoxal est le seul moment où votre cerveau est totalement dépourvu de cette molécule liée au stress ».

Sachant que l’on a montré que les rêves permettaient la réactivation de la mémoire des événements émotionnels de la veille, cette réactivation se produit dans un cerveau libéré de cette hormone du stress. On a ainsi postulé que ceci n’était pas un hasard et que le rêve permettait de revivre autrement les souvenirs émotionnels pour en modifier l’impact en nous.

Selon cette théorie dite de la « thérapie nocturne », la fonction mémorielle du rêve serait donc de nous permettre à la fois de nous souvenir et d’oublier.

-se souvenir : intégrer des souvenirs autobiographiques liés à la représentation de soi et de son histoire (une fonction classiquement attribuée au sommeil et aux rêves).

-oublier : atténuer la charge émotionnelle douloureuse rattachée à certains souvenirs.

Le rêve permettrait ainsi que les souvenirs des événements soient en partie détachés de leur charge affective. Comme l’écrit M.Walker :

« Par son œuvre nocturne thérapeutique, le sommeil REM parvient habilement à retirer la peau amère de nos émotions du fruit que forment les informations. Nous pouvons ainsi apprendre et nous souvenir à toutes fins utiles d’événements essentiels de notre vie, sans crouler sous le poids émotionnel des expériences douloureuses » (p.218).

.

Expériences portant sur la théorie de la thérapies nocturnes

Afin de tester cette théorie, Matthew Walker a mené une expérience en présentant des images émouvantes à deux groupes de sujets adultes à deux moments de la journée différents. Le groupe A voyait les images au matin puis 12 heures après, le soir. Le groupe B voyait les images le soir puis 12 heures après une nuit de sommeil, le matin. La réactivité émotionnelle cérébrale des participants était mesurée par IRM et à travers des questionnaires.

Le groupe B qui avait dormi lors des deux sessions signalait une baisse caractéristique du degré d’émotion quand ils voyaient les images une deuxième fois. Les IRM montraient une réduction importante et significative de la réactivité dans l’amygdale, centre des émotions. A l’inverse, les participants restés éveillés pendant la journée sans pouvoir dormir ne présentaient pas ces signes d’atténuation de leur réactivité émotionnelle.

Dans le même ordre d’idée, Rosalind Cartwright a montré à travers une série d’expérience que seuls les patients rêvant expressément des expériences douloureuses au moment des événements réussissaient à mettre à distances les émotions qui y étaient associées et à se dépasser leurs sentiments dépressifs.

(cf. Cartwright, Rosalind; Baehr, Erin; Kirkby, Jennifer; Pandi-Perumal, S. R.; Kabat, Julie (December 1, 2003). « REM sleep reduction, mood regulation and remission in untreated depression ». Psychiatry Research. 121 (2): 159–167

Agargun, Mehmet Y.; Cartwright, Rosalind (July 15, 2003). « REM sleep, dream variables and suicidality in depressed patients ». Psychiatry Research. 119 (1): 33–3)

Théorie de la psychothérapie nocturnes et méthodes thérapeutiques

Il est particulièrement intéressant de voir comment cette théorie retrouve un certain nombre d’hypothèses avancées par des écoles de psychothérapie. On pense ici notamment à la « fonction traumatolytique » des rêves, avancée dès 1931 par Sándor Ferenczi dans un texte intitulé « révision de l’interprétation des rêves ». Il y avançait l’idée que les rêves pouvaient permettre de dépasser certains vécus émotionnels douloureux ou traumatiques. On retrouve ce même rapport au rêve dans d’autres pratiques thérapeutiques :

-la thérapie Gestalt poursuit le travail du rêve à l’état de veille en complétant imaginairement la fin du scénario de rêve

-les thérapies psychanalytiques d’inspiration bionienne voit le rêve comme une fonction digestive des émotions.

-On trouverait également des échos de cette idée dans les théories jungiennes ou dans le travail sur le rêve éveillé libre, etc.

Cette cohérence entre différents regards posés sur le rêve, issus de champs théoriques différents, laisse à penser qu’il s’agit là d’une hypothèse forte qui ouvre peut-être la voie vers une conception plus assurée quant à la fonction des rêves.

Pour aller plus loin:

3 Conférences sur les rêves et les neurosciences

Comment définir le rêve scientifiquement ?

Comment les neurosciences définissent-elles le rêve? Si elles ne s’intéressent pas encore pleinement au déchiffrage ou au sens des rêves, les neurosciences ont beaucoup à nous apprendre sur les mécanismes et sur le fonctionnement du rêve.

Une conférence très claire et pédagogique réalisée dans le cadre des Mardis de l’Espace des sciences par Isabelle Arnulf, neurologue à l’unité des pathologies du sommeil de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris.
 

 

Les bienfaits du rêve pour notre corps et notre cerveau

A quoi sert le rêve? Quels sont ses bienfaits? Dans certaines pathologies du sommeil, le corps réalise les actions rêvées. L’étude de ces « rêves en actes » éclaire le rôle du rêve dans le bon fonctionnement du corps et de l’esprit.

La particularité des recherches récentes est qu’elles s’appuient sur une étude non des souvenirs du rêveur mais de l’activité neurologique ou motrice du rêveur lorsqu’il rêve.

Cette conférence de 2016 est donnée par Isabelle Arnulf, neurologue, directrice de l’unité des pathologies du sommeil de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Institut du cerveau et de la moelle épinière.

Une conférence assez dense mais très intéressante qui permet de mieux comprendre les ancrages biologiques et les dernières hypothèses sur la place du rêve chez l’homme.

 

Pourquoi nos rêves virent-ils au cauchemar?

« Les cauchemars, c’est ce que les rêves deviennent toujours en vieillissant. »

Romain Gary 

Pour finir une conférence sur une question essentielle mais finalement assez peu traitée dans les différentes émissions ou conférences que j’ai pu trouver sur internet : les cauchemars. Pourquoi certains rêves tournent-ils si mal? Quel sens cela a-t-il pour l’esprit de nous tourmenter ainsi certaines nuits?

A travers des études statistiques et les dernières recherches sur le fonctionnement cérébral, Antonio Zadra, chercheur au centre d’études sur le sommeil de l’hôpital du Sacré-Coeur, nous en apprend plus sur ces films d’horreur qui nous réveillent la nuit.

 
Rêves et neurosciences : compréhensions scientifiques et neurologiques
Résumé
Rêves et neurosciences : compréhensions scientifiques et neurologiques
Nom de l’article
Rêves et neurosciences : compréhensions scientifiques et neurologiques
Description
Les rêves peuvent-ils être interprétés par la science? Les neurosciences ont apportés de nombreuses nouvelles pistes de compréhension des rêves. Plus que d'apporter des réponses définitives, elles ouvrent de nombreuses questions passionnantes.
Auteur
Nom du site
Psyaparis.fr

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :