La dépendance affective

La dépendance affective est une forme douloureuse de lien à l’autre et d’agrippement dont les conséquences sur l’estime de soi, l’épanouissement personnel et la santé psychique peuvent être terribles. Dans la dépendance affective quelque chose dans le lien est trop douloureux, trop angoissant pour que le couple, la famille ou les groupes sociaux fonctionnent comme un véritable support.

Pour décrire cette modalité relationnelle, on parle de dépendance affective ou de « personnalité dépendante » dans le manuel de psychiatrie DSM-V.

Afin de mieux comprendre la dépendance affective, nous nous appuierons sur le très bon ouvrage de Christophe André et François Lelord, Comment gérer les personnalités difficiles, pages 223 à 249.

Afin de synthétiser au mieux son propos et d’en rendre la lecture plus simple, je me suis permis de modifier certains passages de l’ouvrage. Pour en savoir plus, n’hésitez pas à vous reporter directement à ce dernier.

Principales caractéristiques :

La dépendance affective se caractérise par deux critères principaux :

1.Le besoin d’être rassuré et soutenu par les autres

  • Vous avez du mal à prendre des décisions sans être rassuré

  • Vous laissez souvent les autres prendre les décisions importantes pour vous

  • Vous avez du mal à initier des projets

  • Vous n’aimez pas vous retrouver seul ou faire des choses seul

2.La crainte de perdre le lien aux autres

  • Vous dites toujours oui pour ne pas déplaire

  • Vous êtes très touché et anxieux si on vous critique ou on vous désapprouve

  • Vous acceptez les besognes peu gratifiantes pour vous rendre agréable aux autres

  • Vous êtes très perturbé par les ruptures

Les relations aux autres

Dans la dépendance affective, les relations aux autres vont être difficiles et un même schéma va avoir tendance à se répéter. Classiquement, on décrit trois phases principales dans ces relations :

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1 La phase d’accrochage

Durant cette période, la personne va faire des efforts pour vérifier que l’on va l’accepter et ne pas la rejeter.

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2.La phase de dépendance

La personne va se reposer sur l’autre (ou sur le groupe) en cherchant à être rassurée et en laissant les autres prendre les décisions. Pendant tout un temps, tout va pour le mieux. Cette période peut être vécue comme un moment de fusion durant lequel rien ne nous sépare de l’autre.

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3.La phase de vulnérabilité

Malheureusement, bien souvent, au bout d’un moment, la conscience de la dépendance va devenir angoissante. Des angoisses émergent : que se passerait-il si la relation prenait fin ou si l’autre devenait distant ? Les personnes très dépendantes arrivent très vite à cette phase. Le schéma se répétant, elles vivent de plus en plus mal leur relation aux autres.

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La vision du monde

Dans la dépendance affective, on a tendance à retrouver certaines idées sur le monde et les autres. Ainsi, la plupart des personnes dépendantes ont tendance à penser que :

  • « On ne peut arriver à rien si l’on est seul »

  • « Les autres sont plus forts que nous et ils ne peuvent nous aider que s’ils sont bienveillants »

Au vu de ces croyances (qui ne sont pas fausses en soi mais qui ont tendance à être vues comme des vérités absolues) il devient vital de rechercher en permanence le soutien des autres et de s’accrocher à eux aussi solidement que possible.

La personne dépendante va donc s’interroger sans cesse sur l’aide que les autres vont pouvoir lui apporter. L’idée qu’elle se fera d’elle-même et de ses capacités passera avant tout par l’image que lui renverront les autres.

La personne dépendante pense souvent qu’il n’y a pas d’autre place pour elle ici-bas que celle de suiveur, de porteur d’eau, comme disent les sportifs pour désigner l’équipier qui se sacrifie pour mettre en valeur un autre plus brillant que lui.

Sommes-nous tous dépendants ?

« Il vaut mieux être deux qu’isolé…

Malheur à l’isolé qui tombe : il n’a personne pour le relever. »

L’Ecclésiaste

La dépendance fait partie de la nature humaine. L’être humain naît dans un état de dépendance totale : il se reproduit à l’état larvaire — c’est ce qu’on appelle la néoténie — et sa survie, dès les premières minutes de son existence, dépend exclusivement de son entourage. Plus tard, le petit enfant est lui aussi très dépendant de son entourage, non plus seulement pour sa survie physique, mais aussi pour son développement psychologique.

La dialectique dépendance-autonomie est donc au cœur du psychisme humain. On sait que l’équilibre d’un individu dépend souvent de ses capacités à jouer des deux registres, d’être capable de faire preuve d’autonomie comme de dépendance, en fonction des contextes… Si l’incapacité à être autonome peut être un handicap dans la vie, l’impossibilité d’accepter parfois un certain degré de dépendance — que les psychiatres appellent la régression — peut aussi être très problématique.

Le psychanalyste anglais Michael Balint explique, dans plusieurs de ses livres1 comment les besoins de tout être humain le poussent fondamentalement vers la recherche de ce qu’il appelle « amour primaire », c’est-à-dire un type de relation susceptible de satisfaire tous les besoins de l’individu… Le petit enfant percevrait au départ le monde environnant de cette façon (d’où sa fureur si le biberon arrive trop tard ou trop chaud…). Puis, l’enfant comprend très vite que le monde et les individus qui le constituent ne sont pas à son service absolu.

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Pour M.Balint, deux grandes façons de réagir, aussi radicales l’une que l’autre, s’offrent alors à lui :

1.Ocnophilie : la quête du paradis perdu

Dans ce mode de fonctionnement, dès le plus jeune âge, l’enfant se dit qu’il est possible, à condition de bien s’y prendre, d’obtenir des autres qu’ils satisfassent la plupart de nos besoins. Il n’y a de toute façon pas d’autre solution : nous serons dans l’incapacité absolue de satisfaire nos besoins si nous restons seuls. Cette vision du monde est appelée par Balint « ocnophilie » (du grec okneo : « s’accrocher à mais aussi « hésiter, redouter »…). Elle est très proche de l’attitude dépendante.

2.Le philobatisme : la déception face au monde

Une seconde façon de réagir consiste à décréter que le monde est décevant, que finalement les satisfactions ne peuvent en aucun cas venir de l’entourage, et que dépendre des autres représente le pire danger qui soit : Balint nomme cette attitude le « philobatisme » (néologisme à partir du terme « acrobate » : celui qui marche sur les extrémités, loin de la terre ferme…). Elle correspond à des sujets qui valorisent à l’extrême leur autonomie, et se montrent réticents à toute forme de dépendance et même d’engagement.

Ocnophilie et philobatisme représentent deux façons extrêmes de réagir au besoin de dépendance présent chez toute personne : en s’en défendant ou en s’y adonnant, de manière excessive dans les deux cas… De bons exemples de ces deux attitudes se retrouvent dans la littérature, au travers des archétypes de comportements amoureux : Don Juan est un philobate effréné en matière de rapports homme-femme, là où Tristan, avec sa dépendance à Iseut et au roi Marc, est un remarquable portrait d’ocnophile…

(Pour en savoir plus: M. Balint, Les Voies de la régression, Paris, Payot, 1972.)

Source de l’article:

François Lelord, Christophe André, Comment gérer les personnalités difficiles, O.Jacob,  2000, p.223-249

Couverture: comment gérer le spersonnalités difficiles

Consulter sur Paris

Si vous souffrez de dépendance affective, si vous vous sentez prisonnier de votre lien à l’autre, il peut être utile de  demander conseil à un professionnel.

Un espace de thérapie peut aider à mieux comprendre ce qui se joue et ce qui fait souffrir dans la relation. Il permet aussi de prendre du recul et de mettre des mots sur des inquiétudes ou des scénarios angoissants liés à la peur d’être seul ou séparé.

Si vous habitez à Paris, un psychologue de Psy@Paris peut vous recevoir que ce soit pour une consultation ou pour entamer une psychothérapie.

Pour aller plus loin:

Podcasts sur la psychologie de la dépendance affective

les dépendances affectives

Dans l’émission de France Inter, La tête au Carré, Matthieu Vidart interroge le psychiatre et psychanalyste Philippe Jeammet et la psychologue Brigitte Allain-Dupré.

Ils réfléchissent sur les différentes formes de dépendance affective et sur la manière de les surmonter ou, du moins, de vivre avec.

Comment éviter la dépendance affective

En compagnie des psychanalystes Virginie Megglé et Sophie Cadalen, l’équipe de Ça va pas la tête réfléchit sur la notion de dépendance affective.

Ils soulignent combien la dépendance affective peut devenir pathologique lorsqu’elle se transforme en souffrance, en peur panique de l’abandon. Elle rend alors les liens affectifs étouffants au risque de provoquer la fuite des proches auxquels on était justement tant attaché.

Maladies d’amour: les dépendances affectives

L’émission de la Radio Télévision Suisse, 36.9° offre une série de témoignages touchants autour de la dépendance affective.

Ils interrogent également des médecins et des psychologues qui apportent un éclairage sur ce qui se joue dans le cerveau dans la mécanique de la dépendance.

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