Vécus traumatiques et stress post-traumatique

Qu’est-ce qu’un syndrome de stress post-traumatique?

 

Des événements de vie douloureux ou des chocs émotionnels peuvent impacter durablement le fonctionnement psychique et être la cause d’une souffrance qui, souvent, manque de mots pour se dire. On parle alors de syndrome de stress post-traumatique ou trouble de stress post-traumatique (Espt en anglais). La violence du ou des chocs émotionnels se manifeste par une série de symptômes comme l’anxiété, des insomnies ou un vécu dépressif.

Ces troubles résultent, le plus souvent, d’un événement particulièrement traumatisant qui affecte la santé mentale et physique du patient (attaque à main armée, attentat, agression sexuelle, bombardement, accident d’avion, etc.). Néanmoins, d’autres événements moins violents en soi (comme des micro-traumatismes à répétition, l’annonce d’une maladie, des mauvais traitements ou des carences affectives durant l’enfance) peuvent également avoir valeur de traumatisme. Comme nous le verrons, ce n’est pas l’événement en lui-même qui est traumatique mais la place qu’il a pris dans la vie de la personne.

Prévalence

De nombreuses personnes peuvent, à un moment de leur vie, avoir été exposées à des événements potentiellement traumatiques. Chez les vétérans de guerre ou dans certaines professions (pompiers, gendarmes, etc.) ce risque est encore plus élevé.

En Europe, les traumatismes les plus courants sont : le témoignage d’une mort inattendue, les accidents graves, les catastrophes naturelles et les expériences de combat. Si toutes les personnes qui font face à de telles situations ne développeront pas un syndrome de stress post-traumatique, le nombre de personnes concernées est néanmoins très important. Ainsi, les études épidémiologiques montrent que près de 8% de la population adulte pourrait être concernée par ce trouble. Les femmes sont plus touchées que les hommes par ces symptômes (10,4% contre 5% des hommes). Ces chiffres sont toutefois à relativiser, la tendance à la banalisation de la souffrance psychique étant plus important chez les hommes que chez les femmes.

Toute personne ayant vécu un événement traumatique développe-t-elle un stress post-traumatique ?

Comme l’explique Samuel Lemitre, Docteur en psychologie et directeur du Centre EIDO spécialisé dans le soin des traumatismes et des violences, même si toutes les personnes ne réagiront pas de la même façon, un choc émotionnel doit toujours susciter une vigilance :

« À partir du moment où quelqu’un a eu la conviction que la mort était face à lui, le risque de déclencher un stress post-traumatique est présent. Des variations d’intensité peuvent exister en fonction du contexte : une personne vulnérable à ce moment-là, en raison d’un deuil, d’une anxiété ou un stress préexistant, résistera d’autant moins à cette confrontation. D’autres personnes quant à elles peuvent développer des symptômes plus diffus et parvenir à endiguer le trauma petit à petit. Cependant, si ce trauma s’installe plus de 3 mois, le stress post-traumatique devient chronique et il faut avoir recours à un traitement psychologique pour sortir de cette situation de blocage. Le plus souvent, il y a une réactivation immédiate, l’ESPT se met en place très rapidement après l’événement choquant. Mais, dans certains cas, plusieurs semaines peuvent passer, sans symptômes particuliers, avant de faire des expériences de reviviscence ». 

Voir son entretien en intégralité sur Psychologie.com

Gaël Faye: Petit pays

Les traumatismes de la guerre du Rwanda

Le romancier, auteur et interprète, Gaël Faye a fui son pays natal en 1995. Il évoque la violence traumatique de l’exil et du terrible génocide rwandais fans cette chanson.

« J’avais vécu deux ans de guerre, des bouleversements si grands qu’aucun adulte n’avait réussi à me les expliquer. Je devais vivre avec cette douleur, je ne savais comment formuler ma pensée et l’écriture a été le lieu qui m’a permis de me comprendre et de comprendre le monde. »

Symptômes du syndrome de stress post-traumatique

Lorsqu’une personne vit, est témoin ou est confrontée indirectement à un événement particulièrement traumatisant, elle peut éprouver une peur intense, un sentiment d’impuissance ou d’horreur. Ces émotions fortes saturent,en quelque sorte, la capacité du psychisme à penser ce qui se passe. Les mots, les représentations, souvent même les émotions manquent pour mettre du sens sur l’événement.

Par la suite, un ensemble de symptômes et de comportements spécifiques peuvent apparaître. Ce sont ces symptômes qui caractérisent le syndrome de stress post-traumatique :

Reviviscences:

  • Des souvenirs de l’événement reviennent de manière répétitives et envahissantes

  • Cauchemars

  • Flashbacks

  • Des situations qui rappellent le vécu traumatique suscitent de l’angoisse ou des réactions de stress.

Évitement:

  • La personne cherche à éviter les souvenirs, pensées et sentiments liés au trauma

  • la personne cherche à éviter ce qui, dans sa vie, pourrait rappeler le traumatisme (personnes, lieux, activités, objets, situations)

Altérations cognitives et émotionnelles:

  • Incapacité à se rappeler un aspect important de l’événement traumatique

  • Auto-dépréciation, modification de la vision du monde et des autres

  • Vécu émotionnel douloureux persistant

  • Perte de plaisir, diminution de l’intérêt pour les activités

  • Sentiment d’être détaché des autres

  • Difficulté à ressentir des émotions positives

Nervosité ou hyper-vigilance :

  • Irritabilité ou accès colères

  • Comportement à risque ou autodestructeur

  • Hypervigilance, sursauts

  • Difficultés de concentration

  • Troubles du sommeil

Barbara: Nantes

« Un soir, à Tarbes, mon univers bascule dans l’horreur ».  Violée par son père durant son enfance, la chanteuse Barbara a longtemps dû porter seule ce traumatisme. Personne n’ayant dénoncé l’inceste dans sa famille, elle chercha à fuguer et à s’adresser à la police mais sa plainte ne fut pas enregistrée.

Devenue chanteuse, l’écriture lui permis de ne pas laisser ces événements dans le silence. Elle évoque ainsi ces traumatismes dans « l’Aigle noir », chanson au sens cryptique. De même, dans « Nantes », l’interprète revient de manière bouleversante sur les dernières heures de son père, qui avait demandé à la voir sur son lit de mort.

Complications et troubles associés

Le syndrome de stress post-traumatique, surtout lorsque le traumatisme n’est pas reconnu par l’entourage, risque d’entraîner d’autres troubles psychologiques. En effet, les reviviscences du trauma, l’effraction émotionnelle de l’événement vont avoir des effets sur l’estime de soi et le comportement de la personne.

Il est, ainsi, fréquent de voir apparaître :

Echelles de tests pour l’ESPT

Il est souvent difficile de se rendre compte que l’on a vécu un ou des événements traumatisants, en particulier si l’entourage à tendance à banaliser ou ignore ce qui s’est réellement passé. Il peut être utile de passer des tests qui permettent d’objectiver ou de mettre des mots sur des vécus douloureux que l’on ne parvient pas à mettre de côté.

Bien sûr, les tests ou questionnaires ne doivent pas se substituer au diagnostic d’un professionnel et sont fourni dans un but uniquement informatif. Ils peuvent toutefois permettre d’alerter et permettre de mieux savoir quand demander conseil à un professionnel.

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3 jours à 1 mois après l’événement : Échelle de sévérité de l’état de stress aigu

L’Échelle de sévérité des symptômes de l’état de stress aigu chez l’adulte, évalue la présence et la sévérité de ce que l’on nomme « stress aigu » et qui correspond aux conséquences psychologiques d’un choc récent.

On parle en effet, de stress aigu pour désigner une réaction présente de 3 jours à 1 mois après l’exposition à l’événement traumatique.

Ce test a été réalisé par le psychiatre américain Dean G. Kilpatrick en 2014 en reprenant les critères du manuel de diagnostic psychiatrique DSM-V.

Faire le test

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A partir d’un mois après l’événement : Échelle de sévérité des symptômes de l’ESPT

L’Échelle de sévérité des symptômes de l’état de stress post-traumatique chez l’adulte a également été réalisée par D.G. Kilpatrick et ses collègues à partir des critères du DSM-V.

Il vise cette fois à mesurer les symptômes à moyen terme ou long terme, c’est-à-dire un mois après que l’événement traumatique ait eu lieu. Il permet de mieux rendre compte de la violence du vécu traumatique. Il est important de répondre aux questions sans chercher à minimiser les symptômes.

Quelque soit les résultats des tests, votre propre ressenti est évidemment ce qui importe véritablement. Si vous vous interrogez à propos d’un vécu traumatique ou douloureux, il est important d’en parler à un psychologue ou à votre médecin traitant.

Faire le test

Consulter sur Paris

Si vous pensez souffrir d’un syndrome de stress post-traumatique, il peut être important de demander conseil à un professionnel.

Si vous habitez à Paris ou en île de France, un psychologue de Psy@Paris peut vous recevoir que ce soit pour une consultation ou pour entamer un psychothérapie.

Si vous habitez hors de la région parisienne et que vous cherchez un psychologue ou un psychiatre près de chez vous, il existe différents annuaires de psy, je vous conseille :

Pour trouver un psychologue : le site du syndicat national des psychologues.

Pour trouver un psychiatre : l’annuaire des psychiatres sur Ameli.

Pour aller plus loin:

Conférences sur les traumatismes

Boris Cyrulnik: La mémoire traumatique

« Lors de ma première naissance, je n’étais pas là. Mon corps est venu au monde le 26 juillet 1937 à Bordeaux. On me l’a dit. Je suis bien obligé d’y croire puisque je n’en ai aucun souvenir. Ma seconde naissance, elle, est en pleine mémoire. Une nuit, j’ai été arrêté par des hommes armés qui entouraient mon lit. Ils venaient me chercher pour me mettre à mort. Mon histoire est née cette nuit-là »

Dans cette conférence, le psychanalyste B.Cyrulnik s’appuie sur le récit de sa propre histoire traumatique pour penser la notion de trauma. Un exposé d’une grande qualité que je ne saurais que trop conseiller.

la psychanalyse face au syndrome de stress post-traumatique

D’un abord plus difficile, cette conférence permet d’explorer plus avant la notion de traumatisme. Les conférenciers exposent un point de vue analytique sur ce concept et portent un regard critique et intéressant sur les critères du DSM.

Avec: Didier Cremniter, psychiatre, professeur à l’université Paris V, Bertrand Lahutte, psychiatre psychanalyste et Clotilde Leguil, philosophe et psychanalyste.

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